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Vincent JAY se retire du biathlon

D 9 décembre 2012    


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Le sergent Vincent JAY
(Source Zoom Agence)

La nouvelle est tombée. Le sergent Vincent JAY jette l’éponge. Laissons lui le soin d’expliquer cette décision cruciale dans sa vie et pour le biathlon.

...J’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de sportif de haut niveau. Ma décision peut surprendre alors que la saison de Coupe du Monde vient à peine de commencer, que je suis champion olympique en titre et que dans un an, je rêvais de remettre mon titre en jeu à Sotchi.

Cette décision a été difficile à prendre. On n’abandonne pas ce qui a été le fil conducteur de ma vie d’enfant, d’adolescent puis de jeune adulte, sans un pincement au cœur et à l’âme. J’ai retourné le problème dans tous les sens, jour et nuit. J’ai réfléchi, analysé, pesé consciencieusement le pour et le contre.
Aujourd’hui : je sais. C’est l’unique et la meilleure issue pour que les belles années passées à pratiquer le biathlon au plus haut niveau ne se transforment pas en calvaire.

En février 2010, j’ai réussi le rêve d’une vie de sportif . Je suis devenu champion olympique, ce Graal après lequel je courais depuis que tout gosse mes parents m’ont posé sur des skis aux Menuires. J’ai aimé le biathlon et la compétition passionnément et l’énergie, l’implication et la motivation que j’y ai mis m’ont permis d’être exact à ce rendez-vous que je m’étais fixé.
Depuis de longs mois, j’avais punaisé le plan des pistes de Vancouver au mur de ma chambre et, chaque matin, je le regardais pour mieux m’en imprégner.

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Le sergent Vincent JAY
(Source Zoom Agence)

J’ai gagné la plus belle des médailles, la plus convoitée. Celle qui restera pour toujours dans mon cœur et celui du public. Celle qui s’est toujours refusée à certains grands champions de l’histoire du sport mondial. C’est une chance, une aubaine, un honneur…
C’est, également, une expérience à laquelle je n’étais pas préparé. Lorsque l’on débute le sport, c’est pour se faire plaisir, puis pour gagner. Pas pour la gloire et la pression.

J’ai ressenti à Vancouver des sensations uniques. Je me suis retrouvé entraîné dans un tourbillon incroyable. Etre champion olympique, c’est entrer dans un autre monde et avoir d’un coup trente millions d’amis. Le regard des autres, même celui de certains de vos proches, n’est plus le même. On vous considère différemment. On veut vous voir, vous parler, vous toucher. Vous êtes invités d’un coup dans des endroits où vous n’imaginiez pas accéder un jour…

J’ai vécu douloureusement ce changement de statut et ce qui devait me poser durablement sur un petit nuage pesait des tonnes sur mes épaules de biathlètes. Pourtant, je suis resté sérieux, assidu à l’entraînement conscient de ne pas me bruler les ailes, décidé à réussir le plus dur : confirmer que ce coup d’une vie n’était pas le coup d’un jour.

Deux ans avant les Jeux Olympiques, déjà, j’avais failli arrêter ma carrière car je n’avais pas envie de trainer sur la deuxième page des feuilles de classement. A l’époque, j’ai changé de skis, trouvé la recette pour reprendre ma progression et cela avait abouti en 2009 à ma première victoire en Coupe du Monde puis, un an plus tard, à la médaille olympique.
Cette fois, je n’en suis plus capable. Depuis trois ans, je travaille dur, plus dur peut-être que beaucoup de biathlètes du circuit mondial. Je me bats pour retrouver un niveau digne d’un champion olympique. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est plus possible, que j’ai lâché prise. Continuer ? Pourquoi ? Pour qui ? Pour donner l’image d’un champion olympique à la dérive, loin des meilleurs mondiaux et de ses ambitions de victoire ?
Bien sûr, j’aurais pu m’accrocher à la perspective de renouer le fil de mon histoire olympique à Sotchi. Mais je sais que sportivement, je suis trop loin du compte.

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Le sergent Vincent JAY
(Source Zoom Agence)

J’arrête ma carrière car le biathlon est toujours le sport que j’aime et cette histoire d’amour ne peut pas se terminer dans l’amertume.
J’ai 27 ans. Certains diront que c’est trop tôt, trop jeune. Je sais que c’est le moment et que je ne le regretterai pas. Face à moi, il y a d’autres cibles, d’autres enjeux, d’autres objectifs.
J’ai déjà posé les jalons de ma vie d’après et je l’imagine pleine de beaux défis dans le monde de l’entreprise, du sport, de la vie publique de ma vallée.

J’ai une pensée pour tous ceux qui m’ont permis de réussir ma carrière de champion. Ma famille, mes amis, les entraîneurs qui m’ont inculqué les valeurs du sport, mes camarades, hommes et dames, de l’équipe de France, mes partenaires qui ont compris et soutenu ma décision, l’armée de terre et l’Equipe de France Militaire de Ski et tous les supporters, anonymes ou connus, que j’ai senti à mes côtés même dans les moments difficiles.

Je suis fier de mon parcours, fier de faire partie de cette belle équipe de France qui monte sur les podiums toutes les semaines.
Je ne la quitte pas. Je fais juste un pas de côté. Je reste un des siens pour toujours.

Allez, souriez… La vie est belle quand on la chance d’avoir vécu une si belle aventure.
Fermez les yeux… Nous sommes le 14 février 2010. Dans l’air de Vancouver monte le drapeau français… C’est cette image là qu’il faut garder dans vos cœurs…

Merci Vincent pour tout ce que tu as apporté au biathlon.

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